Raymond Jégou. « Dire aux gens que leur parole compte »

Raymond Jégou, le délégué régional de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de Bretagne.

Raymond Jégou, le délégué régional de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de Bretagne.

Une « quinzaine pour repenser les modalités du débat démocratique ». L’initiative de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de Bretagne résonne avec la mobilisation des Gilets jaunes. Interview de Raymond Jégou, son délégué régional.

L’avez-vous vu venir, dans les centres sociaux de la Fédération, ce ras-le-bol exprimé par les Gilets jaunes, cette difficulté de familles à joindre les deux bouts ?

Non, on n’a pas vu venir le mouvement des Gilets jaunes. Par contre, on est l’un des réceptacles d’une forme d’exaspération des gens, en tout cas de difficultés chroniques de plus en plus fortes. Bien des gens comptent les euros pour manger. Cette réalité, on la perçoit violemment dans les centres sociaux. Il faut dire que le désinvestissement de l’action publique rend les choses compliquées pour les gens les plus fragiles. Dans certains territoires, le centre social reste l’un des seuls endroits où les gens vont trouver une écoute, une réponse…

Cette contestation fait aussi écho à l’envie de la Fédération de réinterroger le débat démocratique, la façon de porter des idées et mener des actions…

Il faut que l’on puisse dire, à un moment, aux gens que leur parole compte, qu’elle vaut une autre parole et qu’il y a certainement une forme d’intelligence dans ce qu’ils disent. Il faut qu’un espace existe pour exprimer cela, pour que les gens regagnent confiance dans l’idée de dire des choses qui peuvent déboucher sur la mise en mouvement d’une intelligence collective. Par exemple, nous organisons des cafés seniors dans nos centres pour rappeler aux gens leur potentiel d’actif, qu’ils sont capables de se mobiliser pour construire des petites ou grandes choses qui touchent à leur quotidien. L’idée, c’est de faire le plus grand pas possible pour chacun, en le faisant avec d’autres. Notre rôle, c’est d’accompagner ces petits collectifs à intervenir dans l’espace public.

Du 29 novembre au 14 décembre, la fédération ouvre ainsi à tous, dans le Finistère et les Côtes-d’Armor, des espaces pour réinventer le débat. Est-ce à dire qu’il est difficile à faire vivre, y compris dans vos centres sociaux et socioculturels ?

L’espace de la citoyenneté, c’est le plus compliqué à faire vivre. Et pourtant il est constitutif du centre social, de la structure socioculturelle. On a peut-être perdu l’habitude du débat, et puis, chemin faisant, on a laissé filer des compétences pour le porter, aussi parce qu’on ne les trouve plus dans les formations des acteurs professionnels et bénévoles. Et puis organiser du débat aujourd’hui, cela peut vite apparaître comme quelque chose qui va dans la contradiction, la polémique. Dans certains territoires, il y a des appréhensions à l’organiser au motif, justifié ou intériorisé, que ça va déplaire à untel, à la collectivité locale (etc.), même si le débat n’est pas totalement absent.

Les thèmes abordés lors de la « quinzaine » traversent la société : famille, égalité fille garçon, laïcité, solidarité, différence, mobilité… Qu’attendez-vous des débats ?

On dit aux publics : débattez ! Le thème est important mais secondaire. La priorité, c’est de se dire que la voix de chacun peut porter, qu’elle peut-être confrontée à d’autres, qu’elle peut s’enrichir de celles des autres pour agir ensemble. Notre leitmotiv, c’est quand même le développement du pouvoir d’agir ! On le fait en donnant des outils, des techniques d’animation de débat, en mettant les équipes dans la posture de le faire et puis en l’éprouvant collectivement pour lever les appréhensions.

Pratique
La Fédération des centres sociaux et socioculturels de Bretagne : 63 structures adhérentes, 3 700 bénévoles, 1 700 salariés et 37 M€ de budgets cumulés. Le programme sur centres-sociaux-bretagne.fr.

Partager

Tweeter

Envoyer

Imprimer

Agrandir

Mode nuit… Article original

Source Télégramme Quimper

Partagez cette information sur vos réseaux !